Édito 

Tu es créé co-créateur  

La création n’est pas un mot scientifique. Les cours des étudiants en biologie, en chimie ou en physique n’en parlent en effet pas. C’est le mot nature qui se lit dans leur syllabus. Une des plus prestigieuses revues scientifiques se nomme d’ailleurs Nature, en anglais, bien sûr.

Création est un mot théologique, car qui dit création, dit créateur. « Je crois un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre », proclame-t-on dans le credo dominical. Cet acte de foi est laissé à la liberté de chacun : accueillir la nature et nous-mêmes comme un cadeau et pas simplement comme le produit du Hasard et de la Nécessité (pour reprendre le titre d’un livre célèbre d’un Prix Nobel, Jacques Monod).

Le croyant accueille la vie le cœur empli de gratitude. Il n’est pas un assisté pour autant, mais un acteur. Tel est le message biblique : la terre nous est confiée comme un jardin à cultiver et à garder (Genèse 2, 15). Les dons de Dieu sont des tâches à accomplir. Nous sommes des cocréateurs, des créateurs avec Lui. La création n’est pas encore terminée, il a besoin de nous pour en faire un chef d’œuvre. Il attend avec impatience ce jour où il pourra s’écrier : « Tout cela est très bon » (Genèse 2, 1).

On peut donc entendre dans le mot création celui d’action. Il suffit d’ajouter une petite lettre, d’où ce néologisme du prix 2020 de l’art chrétien : créaction. Voilà qui change notre rapport à la nature : nous en sommes les responsables et non les exploitants, dans le sens négatif qu’a pris ce terme. De nos jours, en effet, le jardin est exploité de manière éhontée. Mais les feux clignotent. Notre planète est en danger. La saccager est criminel, mais également suicidaire, car nous en faisons intimement partie. La nature, c’est aussi nous[1].

Dieu n’a donc pas fait du clé sur porte, du sur-mesure. Il nous a offert une maquette et mis dans nos mains toutes les pièces. À nous de la réaliser. Il nous fait confiance. Il nous veut libres et créateurs. Ainsi, quand les temps toucheront à leur fin, nous pourrons nous écrier avec lui : Que cela est bon ! Et nous réjouir de la tâche accomplie… D’ici là, le travail ne manque pas. Mais ne t’inquiète pas : la tâche est plus belle et enivrante que pénible et angoissante !

Père Charles Delhez, jésuite

 

[1] En 2019, nous avons vécu à crédit à partir du 29 juillet. Tout ce que la planète nous a offert sur l’ensemble de l’an dernier avait déjà été consommé ce jour-là…